| Le couventde Morsiglia a pris ces jours-ci une allure d'atelier des Beaux-Arts. La sacristie et l'autel de cet ancien bâtiment religieux accueillent des étudiants pas comme les autres. On pourrait s'attendre ici à assister à un cours d'histoire des religions ou à participer à une visite guidée des monuments de la région. Rien de tout cela. Si l'ambiance est studieuse, couteaux et autres instruments de sculpteurs ont remplacé les traditionnels stylos et blocs notes. Durant cinq jours, quinze sta giaires, venus de Corse et d'ailleurs, vont s'adonner à la pratique du modelage de la terre et à sa patine. Ces deux stages hors du commun sont proposés pour la deuxième année consé cutive par l'association sportive et culturelle d'Ersa et animés par Philippe Seené, artiste sculpteur et enseignant dans de nombreuses écoles d'art à Paris et Claire Forestier, responsable des patines à l'atelier de moulage Lorenzi à Paris. |
organisatrice et membre de l'association (1). Ces deux disci-plines s'adressent aux initiés mais également aux parfaits débutants ».
Un modèle vivant
Une dizaine d'hommes et de femmes, de tous âges, sont réunis dans la sacristie autour de Philippe Seené mais surtout d'un modèle vivant. Nouchka, modèle professionnel depuis une dizaine d'années, livre ce corps nu tant prisé par Rodin, Claudel... et bien d'autres artistes connus ou méconnus. Cette présence ne laisse à aucun moment de place à l'impudeur mais provoque bien au contraire une irruption d'inspiration. Sur les socles, dix corps la représen tent. Pas tout à fait la même mais pas tout à fait une autre. Chaque stagiaire dévoile, à l'aide de ses doigts, son interprétation de ce corps immobile qui, durant quarante-cinq minutes pour eux seuls, tient la pose. Leurs gestes sont par moments guidés par Philippe Seené qui apporte son regard et ses techniques de pro fessionnel sans toutefois imposer son style.
Un travail de finition
Dans la pièce contiguë, cinq femmes travaillent l'étape finale de la sculpture, la patine.
« A l'aide de cire et de diffé rents pigments, il est possible de transformer la terre en ce que l'on veut. On peut lui donner l'apparence du marbre, du bois, du bronze... souligne Claire Forestier. Les techniques utili sées sont assez complexes mais les résultats surprenants ».
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(Photos Jo P.)
Si l'ambiance paraît plus décontractée, le travail ne semble pas moins délicat ou négligé. Bien au contraire, dexté rité et fins dosages sont de rigueur.
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Nouchka inspire les apprentis sculpteurs durant quatre heures par tranches de 45 minutes.
« L'an dernier, nous avions fait le pari fou d'attirer à Ersa des passionnés du modelage. Seul le stage de modelage était propo sé, cette année nous avons sou haité associer la patine qui est la phase finale de la sculpture, explique Christine Nathan, |
pour Claude Cazemajou-Pizzini, vice président de l'associa tion et chargé des animations culturelles :
«Ce genre de stage nous permet de proposer dans notre région rurale des activités différentes des traditionnels lotos et bals du samedi soir. Les habitants ont la possibilité de découvrir et d'apprendre des choses sans avoir à se rendre à la ville. De plus, cela permet également de faire découvrir le Cap Corse à des touristes qui ne seraient peut-être pas venus autrement ».
Après la généalogie ou l'histoire locale, le modelage et ses dérivés pourraient devenir un rendez- vous incontournable de l'association sportive et culturelle d'Ersa.
Joëlle PACCIONI.
1. Pour tout contact s'adresser à Christine Nathan : 06.07.51.77.50 |